Dynamique de la pénombre: obscurcir la salle, illuminer l’écoute, penser le surgissement

Dans la salle de cinéma, l’obscurité est parfois le lieu d’émergence d’images incertaines, de pensées fugaces, de relations inouïes. Face à l’écran noir, le spectateur prend conscience de la richesse expressive de l’univers sonore. Du frottement immersif d’un vent aux minuscules variations d’un soupir, le cinéma produit une écoute fluctuante : la perception erre, elle oscille entre plusieurs échelles spatiales et temporelles.

Lorsque la lumière frappe à nouveau l’écran, l’expérience cinématographique conserve les traces de cette écoute de l’obscurité, de l’altérité. Les figures audiovisuelles s’appréhendent différemment. Se pourrait-il que le surgissement des formes lumineuses obéisse à la logique sonore du mixage ? Nous rencontrons sur l’écran et dans la salle une série de modulations, d’intensités, de rythmes, de tonalités, de mouvements. Les personnages, les paysages, les actions sont le résultat du mixage de ces différents « traits de modulation » (Deleuze, 1985 : 44). Ainsi, plus que des objets, les corps audiovisuels sont des événements qui se forment et se déforment « dans le jeu mouvant de la lumière [et] du sonore » (Campan, 1999 : 9).

Cette communication audiovisuelle veut penser le surgissement des figures et des idées au cinéma. La pénombre sera l’espace de résonance entre les mots, les sons et les images. Cette réflexion sera ponctuée par Platon (le pourfendeur des ombres), Leibniz (le philosophe des Lumières), Rudolf Arnheim (le penseur de la cécité) et Walter Murch (le mixeur du regard et de l’écoute). En définitive, nous croyons qu’une transformation du regard peut passer par une modulation de l’écoute.


Frédéric Dallaire

Frédéric Dallaire réalise un projet de recherche-création postdoctoral sur les pratiques collectives d’écoute (Université du Québec à Montréal). Il enseigne la pratique et l’esthétique du son, la pratique vidéographique et le cinéma expérimental (Université de Montréal). Il a rédigé une thèse sur la pensée et la pratique du mixage sonore dans le cinéma contemporain (Université de Montréal/Université Paris X). Il participe aux activités du laboratoire de recherche-création « La création sonore : cinéma, arts médiatiques, arts du son ». Il a réalisé des vidéogrammes, des essais sonores et des projets musicaux.