Faire écran

Le thème de ce colloque Les inventions de la lumière, peut être interprété de différentes façons. Il pourrait s’agir des sources et des natures de lumière découvertes par les inventeurs : éclairage au gaz, lumière électrique au filament de tungstène, ou au néon, ou révolution récente des LEDS. On peut aussi songer aux inventions par la lumière, c’est-à-dire à ce que la lumière invente : les illusions qu’elle créé, son influence sur l’aspect des êtres et des choses qu’elle éclaire. On peut encore penser aux inventions qui n’ont été possibles que grâce à la lumière, comme le cinéma ou la vidéo, qu’on pourrait appeler les arts de la lumière. Mais si matière et lumière sont une seule et même réalité, alors le monde est éclairé par ses propres images, et la lumière s’invente elle-même. De telles rêveries d’une poétique de l’astrophysique sont à l’origine de certaines de mes recherches d’artiste. Je n’ai cessé d’interroger comment les jeux, la manipulation, la circulation, la distribution des images lumineuses, permettent de faire apparaître – et aussi de faire disparaître – des formes, des représentations, des récits, sur des supports photosensibles, principalement ceux de la photographie et du cinéma argentiques. Si la lumière éclaire l’espace presque instantanément, son dépôt, sa trace, s’effectuent dans le temps, aussi bien pour s’inscrire que pour s’effacer. Ainsi, la lumière, qui rend le monde visible, invente aussi ce qui n’est pas visible à l’œil nu. Elle invente tout ce qui existe, en même temps qu’elle est l’invention de ce qui peut la recevoir, s’opposer à elle comme obstacle, faire écran.


Alain Fleischer

Alain Fleischer est écrivain, cinéaste, artiste, photographe. Après des études de lettres modernes, de linguistique, d’anthropologie et de sémiologie à la Sorbonne et à l’Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales, il enseigne dans diverses universités (Paris III, Sorbonne nouvelle, Université du Québec à Montréal…), écoles de cinéma (IDHEC – Institut des Hautes Etudes Cinématographiques), d’art (Villa Arson, Paris-Cergy), de photographie (Arles). Il a été lauréat de l’Académie de France à Rome. Sur mission du ministère de la Culture et de la Communication, il imagine et met en œuvre le projet du Fresnoy-Studio national des arts contemporains, dont il est le directeur, et c’est à ce titre, qu’il a été choisi pour concevoir et réaliser cette manifestation du Grand Palais : « Dans la nuit, des images ». Il a réalisé plus de deux cent cinquante films (courts et longs métrages de fiction, films expérimentaux, documentaires d’art) : Montage IV (1968), Règles, Rites (1969), Dehors-Dedans (1975), Zoo Zéro (1978), L’aventure générale (1982), Rome Roméo (1989), Le Louvre imaginaire (1993), Grands artistes observés par un veilleur de nuit (1995), Un monde agité (2000), Le Roi Rodin (2003), Centre Pompidou, l’espace d’une Odyssée (2007), le tout dernier long-métrage étant Morceaux de conversation avec Jean-Luc Godard qui doit sortir en janvier 2009. Il a publié plus d’une trentaine de livres (romans, nouvelles, essais, pièces de théâtre) : Là pour ça, roman (1986), La femme qui avait deux bouches, nouvelles (1999), La pornographie, une idée fixe de la photographie, essai (2000), Les ambitions désavouées, roman (2003), Les angles morts, roman (2003), La hache et le violon, roman (2004), L’accent, une langue fantôme, essai (2005), L’amant en culottes courtes (2005), Prolongations, roman (2008), Les laboratoires du temps-Ecrits sur le cinéma et la photographie 1 (2008), Moi, Sandor F., roman (2009), L’empreinte et le tremblement-Ecrits sur le cinéma et la photographie 2 (2009), Courts-circuits, roman (2009)… Ses œuvres d’artiste et de photographe sont régulièrement exposées en France et à l’étranger.